Les pionniers


Le naturisme, anciennement gymnosophie, est né en France, sous la plume et dans l’entourage du géographe Élisée Reclus, (deuxième moitié du XIXe siècle). Pour Élisée Reclus c’était à la fois un moyen de revitalisation physique, un rapport au corps totalement différent de l’hypocrisie et des tabous qui sévissaient à l’époque, une façon plus conviviale de voir la vie en société, et une incitation au respect de la planète. Ainsi le naturisme se développe en France, notamment sous l'influence d'Élisée Reclus, fin XIXe siècle et début XXe siècle parmi des communautés anarchistes issues du socialisme utopique.

Dans l'Allemagne, à la fin du XIXe siècle, un courant d’idées très proche du naturisme apparaît de l’empereur Guillaume II. À cette époque, sexe et nudité sont des sujets tabous, même si dans le nord de l’Allemagne, la nudité existait dans des saunas comme en Scandinavie. L’apparition du mouvement naturiste est une forte réaction à l’industrialisation grandissante de l’époque. Dans ces conditions de travail et de vie difficiles, une réflexion sur d’autre façon de vivre commence. Le sociologue hygiéniste Heinrich Pudor écrit en 1893 un livre intitulé Nacktkultur (Culture du nu), l’une des premières publications à prôner les bienfaits de la nudité sociale. Dans son livre il explique que l’homme a perdu le corps de vue et s’en trouve affaibli. Il effectue parallèlement un combat contre la mode des corsets, démontrant les dangers qu’ils représentent sur le corps féminin. S’en suit alors la création de nouveaux types de vêtements féminins, dits réformistes, bien lus amples que les femmes confectionnaient souvent elles-mêmes.

Les concepts prônés par Pudor ne mirent pas longtemps avant d'être mis en pratique. Ce sont les Wandervogel oiseaux migrateurs (mouvement de jeunesse allemand) qui répandent en premier ce concept de retour à la nature par la nudité au début du XXe siècle. Lors de leurs excursions en plein nature ils prirent l’habitude de se dévêtir entièrement pour profiter d'un bain rafraîchissant au bord d'une rivière ou d'un lac. Rapidement ils prirent l’habitude de pratiquer d’autres activités nus, telles que la gymnastique en tenue gymnique par exemple. Il s'agissait là bien plus que d’une simple nudité : ces jeunes hommes et femmes cherchaient à fuir l’enfer des villes en plein industrialisation, sa pollution et ses excès, souhaitant avoir une vie plus saine et adoptèrent le sport et la danse en liberté.

À partir de 1902, des magazines sur l’émergence de la culture naturiste paraissent régulièrement. La photographie connaît également un renouveau dans le domaine du nu où les corps sont photographiés en pleine nature, dénués de tout érotisme. En 1903 à Lubeck, le premier centre gymnique, le Freilichtpark (parc de la lumière libre) voit le jour, créé par Paul Zimmerman (il fonctionnera jusqu’en 1981). Ces espaces dédiés à la pratique du naturisme se développent beaucoup, la plupart du temps de manière associative.

En 1918 le nom de Frei-Körper-Kultur (culture du corps libre) est adopté. Ce mouvement se développe dans les pays germaniques (Autriche, Suisse, pays scandinaves, Pays-Bas) avant de d’arriver dans la France de l’entre-deux-guerres, puis l’Amérique du Nord à partir des années 50.